Formations cliniques du Champ lacanien

Collèges de Clinique Psychanalytique

Perversion généralisée, jouissances particulières

Selon Littré, est pervers celui dont l'âme est tournée vers le mal. Jean de La Fontaine, fin observateur des mœurs du XVIIe siècle, y fait allusion dans les Fables Livre X « À ces mots, l'animal pervers (C'est le serpent que je veux dire - Et non l'homme : on pourrait aisément s'y tromper) ».

C'est à Sigmund Freud que l'on doit l'abord de ce concept dans sa dimension psychanalytique, là où les psychiatres-aliénistes (Esquirol — Morel — Lasègue — Magnan — Ulrich — Krafft-Ebing), s'y penchèrent à partir de la clinique du Médico-légal.

Sigmund Freud partant d'une hypothèse génétique, en arrive à considérer l'enfant comme un « pervers » polymorphe capable de toutes les perversions, existant sous forme de pulsions partielles. Le refoulement (Verdrängung) et la sublimation concourant à lui faire adopter une érotisation génitale privilégiée voire exclusive.

La névrose est alors interprétée comme conséquence d'un refoulement excessif des pulsions partielles (Trois essais sur la théorie de la sexualité — Études sur l'Hystérie), tandis que les perversions seraient une mise en acte de ces pulsions partielles destinées normalement à rester inconscientes. « La névrose est le négatif de la Perversion » Sigmund Freud.

Or c'est à Jacques Lacan et à ses élèves, qu'il revient de faire de la notion de Perversion une « structure » (s'opposant au DSM et au CIM) en tant que la structure perverse est indissociable de la Jouissance recherchée, en ceci qu'elle représente une expérience extrême proche de l'Angoisse.

Alors « généralisée » ?

Hypothèse qui n'est rien d'autre que ce qui se déduit de la reconsidération de la Perversion à partir de l'axiomatique lacanienne de la Jouissance.

En psychanalyse, à entendre comme perversion généralisée du champ de la Jouissance, en somme, ni déviation, ni aberration, ni inversion de normes même sociales, mais traduction clinique et conceptuelle de ce que le champ de la Jouissance du « parlêtre » se structure et s'ordonne autour d'un impossible. Si la perversion « vraie » existe (fétichisme - masochisme chez S. Freud), Jacques Lacan a exploré la « Structure » à travers Sade, Genet, Gide, Montherlant, autre chose est la perversion généralisée qui tient à l'objet du fantasme, vrai partenaire du sujet qu'impose la norme « phallique ».

Les Jouissances particulières, contemporaines, émergent face au discours capitaliste et les objets de la Science, Lathouses, qu'annonçait Jacques Lacan dans L'Envers de la Psychanalyse.

Quelle réponse la psychanalyse peut-elle fournir pour objecter au « supposé » lien social qui tente d'inscrire les sujets parlants dans ces réseaux (Internet, Facebook, et autres Webcams) où le regard et la voix sont instrumentalisés pour satisfaire ces modes de jouir contemporains.

Malaise dans la civilisation ? Pas de limite à la Jouissance ? Le masochiste, quant à lui montre et démontre ce qui supplée au rapport sexuel qu'il n'y a pas, parce que le « il n'y a pas de rapport sexuel » est corrélé au fait qu'à la place il y a les symptômes de Jouissance... et les symptômes autistes.

La psychanalyse, une clinique sous transfert, se doit d'y répondre. Le psychanalyste par son acte, en décomplétant le symptôme, offre au parlêtre une possibilité de dénouage, de cession de Jouissance, mettant ainsi à jour le particulier de la jouissance propre à chacun permettant l'instauration d'un lien social « nouveau », ce pour tout sujet (Enfant / Adulte) quelle que soit sa structure.

Références bibliographiques

FREUD Sigmund :
Cinq leçons sur la psychanalyse (1909), Payot, 2001.
Trois essais sur la théorie sexuelle, (1905), Paris, NRF, Gallimard pp. 118 - 119.
« La sexualité dans l'étiologie des névroses », (1905), Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris, PUF, 1984 p. 75 et p. 113.
« Pour introduire le narcissisme », (1914), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
« L'Homme aux loups », (1918) D'une histoire de névrose infantile, Payot, Petite Bibliothèque Payot, 2010 ou L'Homme aux loups, PUF, Quadrige, 1990.
« Un enfant est battu », (1919), Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
Le problème économique du masochisme, (1924), Paris, PUF, 1973.
« Le fétichisme », (1927), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
« Le clivage du moi dans le processus de défense », (1938), Résultats, Idées, Problèmes, II, Paris, PUF, 1985.
LACAN Jacques :
Le Séminaire, livre I, séances des 2 et 9 juin 1954, Paris, Seuil.
Le Séminaire, livre II, Paris, Seuil, p. 85, pp. 113 - 114, p. 120, p. 145, p. 251.
Le Séminaire, livre IV, La relation d'objet, 1956-1957, Paris, Seuil, 1994, Chap. 5 et 7 à 10.
Le Séminaire, livre VI, séances de juin 1959, Paris, Seuil.
Le Séminaire, livre X, L'Angoisse, 1962-1963, Paris, Seuil, 2004, p. 53, pp. 191-192.
Le Séminaire, livre XVI, D'un Autre à l'autre, 1968-1969, Paris, Seuil, 2006 p. 21, p. 249, p. 251, p. 260, p. 295, p. 384.
Le Séminaire, livre XXII, RSI.
Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
« D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », Écrits, Paris, Seuil
« Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Kant avec Sade & D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », Écrits, Paris, Seuil.
Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, pp. 60 à 64, 73 et 105
SOLER Colette :
Cours sur le Symptôme et l'analyste, Collège Clinique de Paris (2004-2005), (en particulier les leçons 7, 8, 9 et 10).
« Perversion généralisée », Que faisons-nous des symptômes ?, RCCCL N°5, Hermann, Paris, 2006.
BOUSSEYROUX Michel :
A-bords de la père-version, Toulouse, PUM, 1990.
Au risque de la topologie et de la poésie, Toulouse, Érès, 2011.
ASKOFARÉ Sidi
« Perversion généralisée », Volume préparatoire aux Journées de Juillet 2006 - Les réalités sexuelles et l'inconscient, IVe rendez-vous de l'IF et de l'EPCL - Paris 1 et 2 Juillet 2006, p. 219.
ANDRÉ Serge
L'imposture perverse, Paris, Seuil, 1993.
DOR Joël
Structure et perversions, Paris, Denoël, 1987.
MELMAN Charles
L'Homme sans gravité. Jouir à tout prix, Paris, Denoël, 2002.
PERRIER François et GRANOFF Wladimir
Le désir et le féminin, Paris, Aubier-Montaigne, 1979