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« La perversion polymorphe » : l'enfant dans l'adulte

La psychanalyse à l'aide des hystériques freudiennes interroge la perversion générique de l'homme, Freud a dévoilé que ce sujet hystérique a des effets de savoir. Par sa formule célèbre « l'enfant pervers polymorphe » il montre et signe que la seule jouissance possible pour tout parlêtre est perverse, il met en opposition que tout homme est frappé par l'interdit de l'autre, celle du couple sexuel, que l'Œdipe élève en mythe, mythe qui couvre l'impossible. Le champ de la perversion généralisée est le champ de la jouissance châtrée qui est une jouissance causée par un objet (a). La nature de la jouissance est dite perverse, parce que phallique, pulsionnelle et qu'elle ne fait pas rapport sexuel.

Le rapport à l'autre partenaire pose question, car l'Autre, le premier, le grand, A lieu du langage, défaille, manque. A ce lieu, dans ce creux, la jouissance se place :

  • - par l'objet que Je constitue pour l'Autre, c'est l'efficace du sujet, pas d'objet a sans l'Autre du langage,
  • - par le signifiant « ouvrage démesurément avancé », avancée de l'inconscient langage dans l'espace de la jouissance réelle.
Cette création affirme la castration, objet ou signifiant à la place du manque et en même temps, elle sépare de l'Autre. L'objet transitionnel est la commémoration de ce moment du détachement par rapport à la sujection dans laquelle la demande maintient le sujet.

Freud, dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité, dit que l'on trouve les mêmes fantasmes quelle que soit la structure et que la jouissance se décline en terme de pulsions partielles, de plus-de-jouir. Le fantasme pervers est transtructural : conscient et en acte dans la perversion, inconscient sous forme de symptôme dans la névrose, et projeté sur l'autre du délire dans la psychose, rejeté.

Et Lacan d'insister que d'un côté le sujet manque à jouir avec un corps désert de jouissance et de l'autre un symptôme qui est un partenaire de jouissance. L'objet a condense cette double polarité, objet soustrait, perdu, mais aussi objet plus-de-jouir, « y'a de l'Un ».

Alors qu'est-ce qui de la jouissance détermine à l'acte, à l'acte sexuel ? La thèse de Lacan sur le partenaire du désir est qu'il prend sa valeur phallique justement parce qu'il n'y en a pas ; c'est la signification de la castration, qui donne au partenaire la valeur phallique, pour la femme il dit que c'est le manque phallique qui l'a fait objet.

À quoi sert le symptôme dans le rapport du sujet à l'Autre ? Symptôme autiste entre le sujet barré et son corps, hors lien, sans Autre, ou symptôme lien où il faut au moins deux individus, deux corps ou plus pour fixer la jouissance d'un sujet. C'est dire que ce sont des symptômes qui incluent de l'Autre, au sens du corps du semblable, non seulement un Autre corps mais en plus un Autre sujet barré.

Ces diverses questions nous essayerons de les cerner et de les approfondir tout au long de l'année.

Références bibliographiques

FREUD Sigmund :
Cinq leçons sur la psychanalyse (1909), Payot, 2001.
Trois essais sur la théorie sexuelle, (1905), Paris, NRF, Gallimard pp. 118 - 119.
« La sexualité dans l'étiologie des névroses », (1905), Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris, PUF, 1984 p. 75 et p. 113.
« Pour introduire le narcissisme », (1914), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
« L'Homme aux loups », (1918) D'une histoire de névrose infantile, Payot, Petite Bibliothèque Payot, 2010 ou L'Homme aux loups, PUF, Quadrige, 1990.
« Un enfant est battu », (1919), Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
Le problème économique du masochisme, (1924), Paris, PUF, 1973.
« Le fétichisme », (1927), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
« Le clivage du moi dans le processus de défense », (1938), Résultats, Idées, Problèmes, II, Paris, PUF, 1985.
LACAN Jacques :
Le Séminaire, livre I, séances des 2 et 9 juin 1954, Paris, Seuil.
Le Séminaire, livre II, Paris, Seuil, p. 85, pp. 113 - 114, p. 120, p. 145, p. 251.
Le Séminaire, livre IV, La relation d'objet, 1956-1957, Paris, Seuil, 1994, Chap. 5 et 7 à 10.
Le Séminaire, livre VI, séances de juin 1959, Paris, Seuil.
Le Séminaire, livre X, L'Angoisse, 1962-1963, Paris, Seuil, 2004, p. 53, pp. 191-192.
Le Séminaire, livre XVI, D'un Autre à l'autre, 1968-1969, Paris, Seuil, 2006 p. 21, p. 249, p. 251, p. 260, p. 295, p. 384.
Le Séminaire, livre XXII, RSI.
Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
« D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », Écrits, Paris, Seuil
« Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Kant avec Sade & D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », Écrits, Paris, Seuil.
Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, pp. 60 à 64, 73 et 105
SOLER Colette :
Cours sur le Symptôme et l'analyste, Collège Clinique de Paris (2004-2005), (en particulier les leçons 7, 8, 9 et 10).
« Perversion généralisée », Que faisons-nous des symptômes ?, RCCCL N°5, Hermann, Paris, 2006.
BOUSSEYROUX Michel :
A-bords de la père-version, Toulouse, PUM, 1990.
Au risque de la topologie et de la poésie, Toulouse, Érès, 2011.
ASKOFARÉ Sidi
« Perversion généralisée », Volume préparatoire aux Journées de Juillet 2006 - Les réalités sexuelles et l'inconscient, IVe rendez-vous de l'IF et de l'EPCL - Paris 1 et 2 Juillet 2006, p. 219.
ANDRÉ Serge
L'imposture perverse, Paris, Seuil, 1993.
DOR Joël
Structure et perversions, Paris, Denoël, 1987.
MELMAN Charles
L'Homme sans gravité. Jouir à tout prix, Paris, Denoël, 2002.
PERRIER François et GRANOFF Wladimir
Le désir et le féminin, Paris, Aubier-Montaigne, 1979